lundi, août 03, 2020
Allaitement Allô Docteur Mamangue Grossesse

Allaitement et reprise du travail (Partie 1)

Je vous l’avais promis depuis des semaines, et puis le confinement et son autre espace temps sont passés par là.

Mais ça y est, le voici, le voilà.

C’est un sujet qui me tient à cœur dans la promotion de l’allaitement. Puisque c’est une des clés de sa prolongation au delà des premières semaines. Cet article n’a absolument pas vocation à être exhaustif mais c’est une petite pierre de plus dans le grand édifice d’information autour de l’allaitement maternel.

Comme j’avais des tonnes de choses à vous dire et que je dépassais allégrement les 2000 mots, je l’ai séparé en deux parties.

Allaitement et reprise du travail

Parce qu’on peut poursuivre l’allaitement après sa reprise du travail ?

Je ne pensais pas commencer par cela, ni même en parler. Cela me semblait de l’ordre de l’évidence. Et puis, j’ai moi même repris le travail, et force est de constater que ce n’est pas si évident pour tout le monde. J’ai très régulièrement en consultation des mamans qui me demandent comment sevrer leur bébé car leur congé maternité se termine. Elles sont même surprises lorsque je leur demande si elles souhaitent arrêter. En fait, beaucoup pensent ne pas avoir d’autres choix.

Je vous rappelle, au passage, que l’OMS recommande un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois de vie du bébé puis sa poursuite jusqu’à l’âge de 2 ans au moins, en parallèle d’une alimentation diversifiée.

Au moment où se profile la reprise du travail, l’allaitement, pour la plupart des mamans, commence à rouler. Ce serait quand même dommage d’arrêter à ce moment là alors que la facilité et le plaisir sont maintenant au premier plan. Qu’on ne se pose plus (trop) de question et que l’instinctif a pris le dessus.

La séparation est parfois moins difficile pour le bébé et la maman grâce à la tétée retrouvailles du soir et à la poursuite de cette relation exclusive.

Je vous renvoie aussi vers cet article où j’aborde la durée du congé maternité et ses conséquences.

Donc, oui, on peut continuer à allaiter lorsque l’on reprend le travail !

Cela nécessite simplement de s’informer un peu en amont et de réfléchir à son organisation.

Donc il faut tirer son lait ?

C’est la grande question de la reprise.

Accompagnée d’un cortège d’interrogations : Est-ce que c’est indispensable ? Est-ce que ça fait mal ? Est-ce que c’est compliqué ? Quel tire-lait ? Comment conserver le lait ? Combien de temps ?

Auxquelles je vais essayer de répondre au mieux.

Est-ce indispensable de tirer son lait au travail ?

Tout dépend de l’âge du bébé au moment de la reprise du travail, de s’il est diversifié et des souhaits de la maman.

Il existe autant de combinaison possibles que de dyades mère-enfant, mais on peut en retenir 3 principales.

  • Bébé de moins de 6 mois, non ou peu diversifié donc, et à qui la maman souhaite donner uniquement du lait maternel. Là, il n’y a pas d’autres choix que de tirer son lait pour qu’il puisse être donné par la personne qui garde l’enfant pendant les heures de travail de la maman.
  • Bébé de moins de 6 mois, dont la maman ne souhaite pas du tout tirer son lait et qui préfère faire donner du lait artificiel en son absence. C’est possible de poursuivre son allaitement sans tirer son lait. L’utilisation d’une machine rebute vraiment certaines mamans que je vois en consultation. Alors, je leur dis que même s’il est plus difficile de maintenir une lactation correcte avec un petit nourrisson sans tirer son lait, cela reste du domaine du possible et surtout que ça vaut le coup d’essayer. Qui ne tente rien n’a rien. La maman donne alors le sein dès qu’elle est présente. Et en son absence, la personne qui garde l’enfant donne du lait artificiel, puis progressivement d’autres aliments.
  • Bébé de plus de 6-7 mois, bien diversifié : la maman peut allaiter lorsqu’elle est présente et une autre nourriture est proposée à l’enfant lors des heures d’absence de cette dernière. Évidement, si elle le souhaite et/ou si le bébé préfère boire du lait, elle peut tirer son lait et lui faire donner également.

Dans tous les cas, pour maintenir une lactation suffisante, il est recommandé de maintenir le plus possible de tétées au sein, et au minimum 2 par 24h.

Plus le bébé est petit, plus un grand nombre de tétées/tirages est nécessaire.

Par exemple à 3 mois, il semble compliqué d’envisager seulement une tétée matin et soir.  Alors que c’est beaucoup moins gênant à 12 mois.

Dernier cas particulier, certaines mamans ont la possibilité de se déplacer sur le lieu de garde de leur bébé ou de se le faire amener sur leur lieu de travail pour l’allaiter. C’est une solution assez rare mais tellement pratique.

Les moyens pour tirer son lait

Plusieurs solutions existent pour tirer votre lait. Se pencher sur les avantages et inconvénients de chaque méthode permet de cerner ce qui vous correspondra le mieux. Il n’est pas inintéressant d’essayer différentes options pour choisir la plus adaptée.

Certaines mamans préféreront acheter un petit tire lait manuel pour limiter l’encombrement et le bruit. Elles pourront tirer sur leur lieu de travail ou dans leur voiture pour les commerciales par exemple. L’inconvénient principal est de devoir tirer un sein après l’autre. Cela double donc le temps de pause nécessaire pour la séance de tirage.

Si vous n’avez pas d’accès à un réfrigérateur, un petit sac isotherme avec des packs réfrigérés peut faire l’affaire. Mais attention à bien vérifier la durée de conservation dans ces conditions, en faisant des tests préalables sur le temps de réfrigération de vos packs suivant les conditions extérieures.

D’autres femmes choisiront l’artillerie lourde avec le tire lait électrique, double pompage qui pourra rester au bureau. Encombrant, bruyant, souvent comparé à une trayeuse, c’est vrai qu’il est peu sexy. Mais c’est aussi souvent le modèle le plus efficace et le plus rapide, permettant de tirer les deux seins en même temps. Ces appareils se louent en pharmacie ou sur internet. La location est prise en charge par la sécurité sociale et la mutuelle. Il reste parfois une petite partie non prise en charge sur les accessoires mais qui ne sont à acheter qu’une seule fois. L’odonannce de location de tire lait doit maintenant être renouvelée toutes les 10 semaines, par votre médecin ou sage-femme ou bien par le pédiatre de votre enfant le cas échéant.

Il est possible d’acheter ou de se fabriquer une brassière pour maintenir les pots de recueil sans avoir à les tenir et optimiser ce temps de tirage pour faire autre chose de ces mains (genre envoyer des textos ou traîner sur les réseaux sociaux).

Il existe des solutions intermédiaires avec des modèles de tire-lait à piles ou sur batterie, par exemple.

A savoir qu’il existe différentes tailles de téterelles (partie du tire lait qui englobe le mamelon) en fonction de la taille du mamelon. Ne vous laissez pas donner la taille standard à la pharmacie, sans être renseignées avant sur celle qui vous convient.

De même en cas de douleur lors du tirage, il est intéressant de vérifier que la taille de la téterelle est adaptée. Éventuellement avec l’aide d’un(e) professionnel(le). Les marques proposent aussi des petites réglettes pour comparer la taille de son mamelon aux tailles des téterelles proposées.

Petites astuces pour faciliter l’éjection du lait : regarder des photos ou vidéos de son bébé, lire un texte drôle, rêver à ses prochaines vacances. Tout ce qui détend favorise un bon tirage.

D’un point de vue légal

Les salariées allaitant leur enfant disposent d’une heure par jour sur leur temps de travail pour tirer leur lait ou allaiter leur bébé, jusqu’au premier anniversaire de celui-ci. Cette heure n’est pas rémunérée, sauf si la convention collective le spécifie. Cette heure est un droit et votre employeur ne peut pas vous la refuser. Il définit avec vous sa répartition, le plus souvent, séparée en deux pauses de trente minutes.

Chaque entreprise de plus de cent salariées doit prévoir un local dédié à l’allaitement au sein de l’entreprise ou à proximité. C’est à dire une salle fermée, distincte des locaux de travail, propre avec un point d’eau. Attention, lorsqu’un tel local existe, le temps dédié à la pause allaitement passe à deux fois vingt minutes.

Quand faut-il commencer à tirer son lait ?

Il n’est pas nécessaire de s’y prendre très tôt. Mais il est plus rassurant d’avoir apprivoisé le tire lait un peu en amont. Cela permet d’essayer différentes formules si besoin. Personnellement, je conseille de s’y prendre 2 à 3 semaines avant la reprise du travail. De nombreuses mamans sont aussi plus sereines en ayant un petit stock de lait d’avance au congélateur pour débuter. Cela permet aussi de tester le contenant pour donner le lait, ce qui rassurera les parents et la personne qui gardera l’enfant.

Certaines mamans tirent très peu lors de leurs premiers essais et s’inquiètent des quantités de lait qu’elles pourront fournir à leur bébé après leur reprise. Même si c’est plus facile à dire qu’à faire, il faut essayer de ne pas s’en préoccuper. En effet, la quantité tirée en parallèle d’un allaitement à la demande ne peut pas être représentative de ce qu’elle sera lorsque il y aura des tirages à la place des tétées. De plus, même faible, ce sont toujours des stocks d’avance, qui cumulés rendront la reprise plus sereine.

Pour les premières fois, vous pouvez essayer de tirer votre lait avec votre bébé sur l’autre sein, ou à proximité. Cela favorise le réflexe d’éjection du lait. Pour d’autres mamans, c’est au contraire plus facile de tirer lorsque le bébé dort car elles peuvent s’installer plus confortablement et se sentent plus détendues.

Il n’est pas indispensable de faire plus que s’entraîner à quelques reprises. En fonction de l’âge de votre enfant et de votre rythme de travail, vous verrez quelles réserves vous estimez nécessaires.

Si vous souhaitez faire des réserves plus importantes, plusieurs solutions existent. Il est possible soit de tirer deux ou trois fois dans la journée le deuxième sein lorsque le bébé tète ou juste après s’il n’en prend qu’un. Soit de créer une tétée fictive tous les jours, lors d’une plage de sommeil un peu plus longue, en tirant les deux seins à ce moment là. L’organisme s’adaptera à cette demande et en quelques jours, produira la quantité de lait supplémentaire.

A noter, l’usage des coupelles recueil lait ou des tire lait manuel type Haakaa, pendant la tétée, permet de récupérer les fuites de lait pour les premières et même de tirer sans pompage pour les seconds. De quoi faire des petites réserves sans s’imposer de tirage en plus dans la journée ou sans grosse machine à brancher tout en donnant le sein.

La conservation du lait maternel

Lorsque vous le tirez, le lait maternel est recueilli dans un petit récipient en verre ou en plastique. Il est nécessaire de stériliser ce matériel la première fois. Puis de le laver soigneusement après chaque utilisation, à l’eau et au savon.

Le lait peut être conservé directement dans ce récipient ou transvasé dans un autre contenant, petits pots en plastique ou en verre ou encore sachets en plastique.

Notez bien la date (et l’heure pour certaines collectivités) et le nom de votre enfant sur le contenant. S’il n’est pas gradué, il est pratique d’y indiquer aussi la quantité recueillie.

Le lait maternel se garde au réfrigérateur quelques jours. Mais il peut aussi se congeler et ainsi, se conserver plusieurs mois.

Voici, les durées de conservation recommandées par la Leche League, après analyse de plusieurs études :

Conservation du lait maternel Congélateur
-18°C ou moins
Partie congélateur d’un réfrigérateur Réfrigérateur
(0 – 4°C)
Température de la pièce
(19 – 22°C)
Lait frais 6 mois et plus 3-4 mois 8 jours 10-12 heures
Lait décongelé Ne pas recongeler Ne pas recongeler 24 heures 1 heure

 

 

Voilà pour aujourd’hui !

La prochaine fois, je vous parlerai du côté bébé. A savoir faut-il l’habituer avant la reprise à boire autrement qu’au sein ? Et quelle quantité lui donner au juste ? Que faire si le bébe refuse le lait autrement qu’à la source ?

D’ici là, portez vous bien et n’hésitez pas si vous avez des questions ou des remarques.

 

Source : LLL, Ameli, service-public  (et ma pratique quotidienne au cabinet)

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12 thoughts on “Allaitement et reprise du travail (Partie 1)

  1. Ça me rappelle des souvenirs. Pour mon aîné, j’avais repris le travail à temps partiel quand il avait deux mois et demi et je tirais mon lait au travail dans une salle fermant à clé mais sans point d’eau : ça marchait bien et je mettais ensuite le lait dans un petit sac isotherme avec un pain de glace dans le frigo de notre salle de pause.
    Mon tire-lait électrique était très bien mais il me fallait le calme absolu, que mon bébé ait tété juste avant et que quelqu’un soit disponible pour lui, sinon je n’avais quasiment rien qui venait. Je crois que j’ai tiré mon lait jusqu’à ce qu’il ait six mois.

    1. Merci d’avoir partagé ton expérience. Ça aide à la confiance que oui c’est possible de lire de multiples témoignages.

  2. Je partage ton avis, c’est très important pour la promotion de l’allaitement de rappeler que l’allaitement peut se poursuivre après la reprise du travail. Je raconte mon expérience de la reprise du travail en continuant d’allaiter par ici.
    Je t’avoue que quand j’attendais petit Lu je m’étais dit que j’allais le sevrer avant de reprendre le travail. Et puis quand il a eu 2 mois et demi j’ai réalisé que je ne pouvais pas, que je ne voulais pas (il me restait 2 mois et demi de congé).
    Alors j’ai commencé à tirer au 3 mois de mon fils et en 2 mois j’avais rempli le congèle, il y en avait partout !
    Ma reprise a été difficile, mais je pense que l’allaitement m’a énormément aidé. J’avais l’impression de tout de même « continuer » à être près de mon bébé qui avait un petit gout de moi à chaque biberons pris à la crèche.

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